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La Mort d’Ismaïl aga - Smrt Smaïl-age Čengića

croatie drapeaupetit l'article en croate
Le poème épique La mort d’Ismaïl Aga vient d’être traduit pour la septième fois en français. Cette nouvelle traduction de Jugoslav Gospodnetić a été publiée par la maison d’édition canadienne Dominis Publishing. La préface est du professeur Mirko Tomasović.
La traduction ainsi qu’une représentation théâtrale ont été présentées par l’AMCA à l’Ambassade croate de Paris le 19 mai 2016.

En premier lieu, Monsieur l’ambassadeur Ivo Goldstein, en tant qu’historien, a parlé de l’engagement politique de l’auteur. En effet, au delà de ses fonctions d’écrivain, de juriste et de lexicographe, Mažuranić fût un excellent politicien.

Rappelons-nous qu’au 19e siècle, la Croatie vivait son Renouveau national. Tout en faisant partie de la Monarchie austro-hongroise, le désir d’indépendance devenait de plus en plus fort. Dans ce contexte, Mažuranić fut nommé ban (vice-roi) en 1873.

Ensuite, le secrétaire de l’AMCA Vlatko Marić a décrit l’œuvre dans le cadre de la littérature croate. Publié en 1846, le poème perpétue la tradition de la littérature de Dubrovnik, ensuite celle de Miošić, Grabovac, Gundulić, et plus loin dans le temps, celle de la littérature latine et grecque. Il est composé de 5 chants et contient 1 134 vers.

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Le sujet principal est un événement historique, celui de la mort du tyran monténégrin Ismaïl Aga. Aga Osmanli, particulièrement cruel, terrorisait ses sujets en les martyrisant au quotidien.

L’action se passe entre Gacko polje, situé en Herzégovine, et le Monte-Negro limitrophe. Ismaïl Aga soumettait son peuple à des impôts énormes, tuait les gens pour un rien et violait les filles. Mais il n’écoutait plus son conseiller Durak, un vieillard qui l’avertit qu’il est fort probable qu’un jour ou l’autre son peuple se rebellerait contre lui. Dans un excès de rage, Aga Ismaïl tua le vieil homme. Il ne se doutait pas que le fils du vieil homme, son fidèle serviteur Nimac, en serait terrifié, qu’il déserterait l’armée osmanlie et s’enfuirait dans l’armée ennemie. L’assassinat perpétré par son père fut l’acte de trop alors que Nimac ne supportait plus la cruauté de l’Aga Ismaïl. Arrivé dans l’armée monténégrine, il demanda à se convertir et grâce à ses bonnes connaissances des troupes osmanlies, il aida les moins nombreux combattants chrétiens à attaquer l’armée ottomane et à tuer l’Aga Ismaïl.
Le succès de l’œuvre fut énorme. Les lecteurs n’y ont non seulement trouvé la description d’une vengeance personnelle mais surtout la description de la tragédie d’un peuple. Et bien que les vers parlent des pauvres et des exploités, ils se réfèrent en effet à la situation des Croates dans la Monarchie, à l’envie des peuples slaves de devenir indépendants, de la folie des tyrans locaux, de la guerre religieuse. Dans cette œuvre se retrouvent des valeurs universelles, où l’on peut y reconnaitre notre situation géopolitique contemporaine, par exemple la tragédie des églises chrétiennes au Proche Orient.

Une analyse philologique, une véritable autopsie du texte, a été présentée par le professeur Paul-Louis Thomas. Il a comparé la nouvelle traduction avec les six traductions précédentes, il a expliqué comment Gospodnetić a réussi à traduire les octosyllabes et les décasyllabes croates en français. Il a également évoqué le problème de traduction des orientalismes (aga, jatagan, raja, harač, kavaz, etc.) et de quelques uns des mots croates particulièrement difficiles à traduire (opanci, vila, gusle, Vlasi, kula, etc).

 
Dans la deuxième partie de la soirée, nous avons assisté à une pièce de théâtre. Les vers de Mažuranić ont été adaptés par la troupe Theatroom, composée de la jeune et très énergique comédienne croate Vera Ana Goldstein, la seule actrice professionnelle de la troupe. 
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aga4 A ses côtés était présent également Yves-Alexandre Tripković, traducteur de métier. Tripković a également signé la mise en scène, très douée et dramatique. Le troisième membre était Neven Gospodnetić, fils du traducteur de l’œuvre, qui s’était personnellement le plus engagé pour que la traduction de son père soit publiée. Monsieur Gospodnetić, informaticien de métier, s’est révélé être un excellent comédien, doué d’une magnifique diction. Le public a été impressionné par son jeu même s’il a admis –avec humour- « que il n’y pas si longtemps que ça il ne savait même pas qu’il pouvait être comédien ».

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Leur excellent jeu, les effets de lumière psychédéliques, de bons costumes et une mise en scène dramatique nous ont rappelé que la folie et la cruauté sont malheureusement un phénomène constant dans l’histoire du monde.

Jugoslav Gospodnetić (Šibenik 1910–Quincy-sous-Sénart 2010) était un homme érudit. Polyglotte, linguiste, expert des problèmes d’apprentissage de langue chez les enfants malentendants, il est arrivé en France à un âge avancé. Ici, il a élevé ses enfants et fait une belle carrière universitaire. Dans son temps libre, Gospodnetić traduisait la littérature croate, surtout la poésie (Tadijanović, Krleža, Ujević, Nazor et Matoš). Dans le silence de son bureau à la maison, il a rempli des manuscrits entiers et pourtant, il s’opposait à ce qu’ils soient publiés. Il pensait que le traducteur n’était qu’un maillon dans la chaine entre le poète et le lecteur, et qu’en tant que tel, il fallait qu’il reste anonyme. Finalement, il pensait que la traduction n’était jamais assez réussie. Alors, pourquoi a-t-il passé le tiers de sa vie à travailler sur les poésies d’anthologie de la littérature croate ? Si nous éliminons l’argent et la gloire, il ne nous reste que l’amour comme explication. L’amour pour la littérature, l’amour pour son pays. Car l’amour est pur, il ne demande rien, il ne peut pas être rémunéré. L’amour, on le donne.

 Maja Cioni   

 

  • La video de la présentation : voir ici

 

 

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