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Rijeka multiculturelle de 1880 à 1914

Conférence de Mme Catherine HOREL, historienne

Le récit d'une conférence sur la ville de Rijeka au 19e siècle. On n'imaginait pas cette ville si multiculturelle, si multiconfessionnelle, si multiethnique, bref - si moderne!

Une raison de plus d'étudier l'histoire avec Mme Horel, professeur à la Sorbonne. Faites comme elle, plongez dans ce tourbillons d'événements "par amour et en dépit des critères scientifiques".

L'étude scientifique de Mme Horel sera bientôt disponible sur: www.amca-paris.com.

croatie drapeaupetit l'article en croate

Rijeka Vidik iz TrsataA l’initiative de l’AMCA, une belle conférence au sujet de la ville multiculturelle de Rijeka a eu lieu à l’Ambassade croate à Paris le 9 mars 2016.

En effet, Mme Catherine Horel, historienne française de renommée, directrice de recherche auprès du CNRS ainsi que professeur à l’Université de Paris 1-Sorbonne, nous a présenté son sujet de recherche.
Depuis des années, la professeure Horel étudie l’histoire de l’Europe centrale et, en particulier, celle des petites et moyennes villes de la monarchie austro-hongroise dont la population se situait entre 50 000 et 200 000 habitants. Bien qu’à l’époque Rijeka est juste en dessous de ce seuil, l’historienne l’a choisie « par amour et en dépit des critères scientifiques ». A l’époque, il y a déjà une dizaine de villes de cette taille dans la monarchie. Zagreb, Sarajevo et Bratislava ne sont que quelques unes parmi elles. La condition sine que non pour ce type de recherche est l’intensité de la vie urbaine qui se mesure à travers l’existence d’un théâtre, d’un quotidien, d’un lycée et d’une vie sociale active. Cette vie sociale est créée par les gens réunis dans des associations nationales, sportives ou religieuses. Puisque Rijeka satisfait tous ces critères, Mme Horel a pu logiquement l’étudier.
L’événement clé dans l’histoire de Rijeka est le Compromis austro-hongrois (Nagodba) de 1868 quand il fut décidé que la Dalmatie ainsi que l’Istrie croate seraient rattachées à la partie autrichienne de la monarchie tandis que le Croatie et la Voïvodine seraient rattachées à la partie hongroise. Un nouveau statut sera donné à la ville de Rijeka, oubliée dans un premier temps. Un autre article, rajouté à la va-vite au fameux Compromis, stipule que la ville, son port ainsi que son proche arrière-pays seraient rattachés à l’Hongrie. Ainsi, ce que l’on appelle Le chiffon de Rijeka, se retrouve sous l’administration hongroise.
Très rapidement, Rijeka commence à se différencier du reste de la région par une très forte industrialisation. Le chemin de fer y arrive en 1873, un nouveau bord de mer (riva) est entièrement aménagé, le port commercial est construit, les chantiers navals apparaissent et de nombreux bâtiments administratifs sont érigés au bord de mer. Cette rangée de bâtiments fait partie encore aujourd’hui de l’image de Rijeka. Pour satisfaire les besoins de ces nouvelles activités, de nombreux ouvriers sont embauchés. Il s’agit principalement des Croates venant de l’arrière-pays et c’est ainsi que, petit à petit, la classe ouvrière se crée.
Tout ce qui est multinational et multiculturel dans la monarchie existe également à Rijeka. Vers la fin du 19e siècle, plusieurs groupes ethniques cohabitent en ville (Italiens, Slovènes et Croates) et plusieurs confessions y sont présentes même si la grande majorité des habitants est catholique. Après que la ville ne soit tombée sous l’administration hongroise, des Hongrois s’y installeront. Cependant, leur nombre fluctuera durant cette période, surtout à cause de la nature des postes pour lesquels ils sont mutés. Dans le même temps, le nombre de Croates qui y viennent pour y chercher du travail, grandit aussi. En ce qui concerne les langues parlées, il faut mentionner l’italien, parlé par l’élite culturelle de la ville, ensuite le slovène et le croate du peuple ordinaire et, finalement, l’hongrois, utilisé exclusivement par les Hongrois mutés. Une véritable curiosité linguistique règne dans la ville : malgré l’obligation de tous les établissements scolaires en Hongrie de dispenser les cours en hongrois, dans le lycée principal de Rijeka - le Liceo statale (lycée d’état, lycée publique) - les cours sont en italien ! La langue hongroise n’est qu’une option et les archives scolaires montrent qu’on arrive à peine à trouver un petit groupe d’élèves. Bref, les habitants de Rijeka sont de véritables polyglottes !
En ce qui concerne les confessions présentes durant cette période, disons que le pourcentage des catholiques a légèrement baissé, le nombre de luthériens, de calvinistes et d’orthodoxes augmenté mais que le nombre de juifs est celui qui a augmenté le plus. La synagogue, construite en 1903, nous montre que la communauté juive est importante et forte.
Mais l’on ne peut pas parler de Rijeka sans mentionner Sušak, petite ville dans les alentours de la ville, pourtant, d’un point de vue administratif, située en Croatie. Ici pulse une vie culturelle particulièrement riche, surtout dans l’association sportive Sokol (le faucon). De nombreux documents historiques nous montrent que les sokolaši, les jeunes adhérents de ce club, représentent une véritable force de l’esprit croate. Pour l’anecdote, sur le Corso, lieu de promenade au cœur de la ville, les jeunes sokolaši d’un côté et les jeunes Italiens de l’autre se défient.
Le temps passant, la ville se croatise de plus en plus. La force ouvrière croate, les sokolaši, le couvent des frères capucins ainsi que l’église de la Vierge de Lourde (1908), forment des symboles des inéluctables changements ethniques, linguistiques et culturels qui, petit à petit, ont changé l’image de la ville.
Pour finir, disons encore que le public présent a été impressionné par la multitude d’informations au sujet de Rijeka. L’étude de Mme Horel sera très prochainement publiée dans une revue scientifique mais également sur les pages de notre association : www.amca-paris.com.

Maja Cioni

Rijeka 1914 Rijeka 1912
   

 

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